A Gauche : Brian Eno à l'époque de Roxy Music
A Droite : Hugo Weaving dans Le Seigneur des Anneaux
A Gauche : Brian Eno à l'époque de Roxy Music
A Droite : Hugo Weaving dans Le Seigneur des Anneaux
Cette galerie est en hommage à ce grand cinéaste dont on ne connait pas si bien ses premiers amours ; le dessin. Il créera son premier chef d'oeuvre du Gekiga (la part "hyperréaliste" du manga) ;
Tenshi no Harawata ou Angel Guts de son nom international. Le Gekiga raconte l'amour impossible entre un jeune loubard et une jeune étudiante. Le premier tôme sera le seul adapté fidélement avec
le premier volet de la série cinématographique, titré High-School Co-Ed (signé Chuseï Sone). Les deux autres raconteront comment le héros, Muraki, deviendra tueur pour une organisation Yakuza à
sa sortie de prison, tandis que la jeune Nami devient hôtesse dans un bar louche de Tokyo...
Les images sont mis dans l'ordre de publication :
NB : Je tiens à préciser que l'article ci-dessous est incomplète car éxempte de captures d'écran, pourtant nécéssaire. Ce sera réglé
demain !
Merci de votre compréhension...
Le film de Yakuza obéit à des codes bien précis. L’univers urbain, le caractère crypto-gay de l’amitié virile, l’importance du tatouage, l’extrême charisme du protagoniste, l’histoire d’amour
impossible, un personnage féminin extérieur à ce monde de brutes, etc…
Pour son deuxième film noir après A History of Violence (d’après le roman graphique de John Wagner et Vince Locke), le cinéaste organique David Cronenberg reprend Viggo Mortensen
pour un polar sur la mafia russe à Londres.
On y suit la rencontre croisée entre une charmante sage-femme (Naomi Watts) et un mystérieux chauffeur (Viggo Mortensen) d’un propriétaire de restaurant russe (Armin Muller-Stahl) autour du journal intime d'une jeune russe morte en couches après la naissance de sa fille.
Tout d’abord, le premier point troublant est que le personnage Nikolai Luzhin (Viggo, brillant, qui avait affronté du yakuza dans... American Yakuza !) est proche des hommes de
main valeureux incarnés par Kôji Tsuruta chez Fukasaku (notamment dans Le Caïd de
Yokohama) et Teruo Ishii. La relation entre Luzhin et le fils Kirill est dans la lignée des rapports crypto-homo chers à Chang Cheh (on s’éloigne du cinéma jap, mais quand même) mais
aussi dans certains films noirs comme La Jeunesse de la Bête (Seïjun Suzuki,
1963), Le Jeu Cérémonial (Kosaku Yamashita, 1967) et bien d’autres encore. Vincent Cassel, profondément impressionnant dans son anglais avec l’accent russe/1, en fils aussi
fidèle qu’indigne. On peut aussi citer la douce Naomi Watts qu’on peut comparer aux jeunes filles romantiques comme Chieko Komatsubara (Le Vagabond de Tokyo), Ruriko Asaoka
(Le Mouchoir Rouge), Junko Fuji (les ninkyo de Makino), qui ne
pourront éviter à l’élu de leur cœur d’aller vers leur destin. Et puis, que dire d’Armin Muller-Stahl est aussi mielleux que machiavélique en Oyabun slave que Nobuo Kaneko dans Combat sans Code
d’Honneur.
Puis, le cinéaste de la Nouvelle Chair, fasciné par les rapports en matières organiques (la peau, la chair, les mutations, les mécaniques de l’esprit), ne pouvait qu’aborder le tatouage/2, élément cher au yakuza. À travers le sujet, au combien passionnant, des Vor v’Zakone ("voleurs par la loi" en russe), ces bandits russes sur-tatoués et extrêmement dangereux. Ce vieil adage disant que "tout tatouage à son histoire" est purement vrai et n’est pas que l’apanage des bandits nippons, ni russes (les gangs de L.A., les maori, etc…), mais il est étonnant de voir un Viggo Mortensen aussi herculéen que Bunta Sugawara dans Combat sans Code d’Honneur.
Un autre détail passionnant est l’absence, pour un polar anglais, d’armes à feu. Tout se fait à l’arme blanche (comme dans toute culture asiatique ; les triades, les yakuza). On a ainsi le meurtre d’Ekrem, le neveu du barbier, mais surtout LE morceau de bravoure avec l’affrontement dans le hammam. Une scène hallucinante par sa violence et sa sécheresse. Une pure scène de Ninkyo !
Attention, il est préférable d’avoir déjà vu le film de Cronenberg avant de lire ce paragraphe !
Une fois le twist final éventé, on découvre que le film est, au final, un semi-remake d’un des meilleurs polars du cinéaste-mangaka Takashi Ishii ; Seule dans la Nuit (rien à voir avec le giallo hollywoodien éponyme de Terence Young avec Audrey Hepburn dans son meilleur rôle) !
Viggo Mortensen et Jinpachi Nezu sont deux flics infiltrés dans la mafia qui atteignent le point de non-retour, l’un en devenant, à la fin du film, le parrain et l’autre en buttant, dés le début, ses propres collègues également infiltrés. Mais ils trouveront un semblant de rédemption sous la forme d’une jeune femme extérieure à cette enfer (Naomi Watts dans le Cronenberg et Yui Natsukawa dans le Ishii).
Un film qui a déconcerté les spectateurs, notamment par son ellipse final qui les prive d’un climax tant attendu. Mais ce parti-pris, qui fait la grande force de No Country for Old Men, vient en fait du film d’Eiichi Kudo, Ultime Combat sans Code d’Honneur où la fin était éludée par un simple carton (alors qu’on a aucune explication dans Les Promesses).
Fin du Spoiler !
Finalement, à mesure des revisionnages en DVD, on y trouve une grande richesse dans ce pur film noir qui doit autant au ninkyo-eïga, ses films de bandits valeureux, à Fukasaku qu’à Jules Dassin dans sa vision mortifère de Londres avec ses Forbans de la Nuit. Un chef d’œuvre qui n’a rien à envier à des classiques comme Vidéodrome, La Mouche, Faux Semblants, Le Festin Nu et Crash.
A mon ami Stéphane du Mesnildot, qui m’a soufflé l’idée.
1 : Il avait déjà joué ce genre de rôle dans le magnifiquement cynique Birthday Girl avec son ancien pote Mathieu
Kassovitz et Nicole Kidman dans le rôle-titre.
2 : A l'époque de Spider, Cronenberg avait le projet d'un thriller sur le Body Art (les performances sur le corps humain, popularisé par Olran et Genesis P-Orridge) ;
Painkillers.
Ryuji (Toru Kawashima - 1983)
Un jeune acteur de théâtre qui désespère de trouver un rôle au cinéma, décide de prendre les taureaux par les cornes en faisant lui-même ce film que lui refusent les studios. Il s’appelle Shoji Kaneko. Il est scénariste à ses heures perdues et a un grand amour pour le cinéma Yakuza. Il choisi d’en écrire un. Ce sera le portrait sensible d’un jeune mafieux, fraîchement sorti de prison, qui souhaite rester dans le droit chemin, par amour pour sa femme et sa fille. Un film fragile à l’image de l’acteur-scénariste, condamné par un cancer auquel il succombera une semaine après la sortie du film. Comparé à un Rocky (le film d’Advilsen s’étant fait pratiquement dans les mêmes conditions et raconte plus ou moins la même histoire, à des degrés différents), le film marque par une habitation à la lisière de l’Actor Studio (pour capter le rôle et l’univers dépeint, l’acteur a réellement intégré un clan yakuza) et un casting impressionnant (notamment la kawai-chupi Momo – rien à voir avec votre serviteur – la véritable fille de l’acteur). Un non-polar qui a le mérite et la réussite d’être un portrait des plus émouvants (le québécois L’Audition de Luc Picard en est l’héritage le plus probant).
1er Visionnage : Maison de la Culture du Japon.
Rainy Dog
(Miike)
Si j’aurai aimé mettre des films comme Dead or Alive 2 (un des plus beaux films de yakuza post-Kitano), Agitator (le plus bel hommage jamais réalisé à Yusaku Matsuda), Scars of the Sun (un des vigilente-movies le plus intelligeant jamais réalisés depuis Death Sentence et les polars de Kiyoshi Kurosawa - cf, la 2nde partie de la liste), je ne pouvais, de Miike, que choisir ce road-movie noir entièrement situé à Taipei. Sorte de Baby Cart moderne, on suit l’errance de Yûji, tueur à gages exilé qui reçoit, un jour, la visite d’une ancienne compagne qui lui présente ce qui semble être son fils. Muet, le petit garçon souffre en silence du désintérêt apparent de celui qu’il considère déjà comme son vrai père. Finalement, le temps faisant bien les choses, les deux solitudes, auquel s’ajoute une jolie prostituée au grand cœur, formeront enfin une vraie famille. Takashi Miike n’a jamais été aussi bon que dans le film noir, ni meilleur qu’en dirigeant Shô Aikawa (Zebraman, les Dead or Alive). Il y signe le deuxième volet d’un triptyque baptisée "trilogie du Marché Noir", consacrée à la pègre japonaise et ses liens avec Taiwan, commencée avec son premier film pour le cinéma Shinjuku Triad Society/Les Affranchis de Shinjuku (hommage à Cruising de Friedkin et vision moderne d’Abel et Caïn entre un flic enragé et son frère avocat de la mafia) et terminée avec Ley Lines/la Loi de la Rue (entre Les 400 Coups, Les Princes de la Ville de Taylor Hackford et le cinéma de Scorsese). Amoureux du cinéma taïwanais, Miike prend dans son casting des acteurs fidèles d’Hou Hsiou-Hsien dont il emprunte le rythme lent et mélancolique. À l’image de Nicolas Rœg avec Venise sur Ne vous Retournez pas !, il montre un Taipei mortifère, pluvieux et triste. Un très beau film, dont la fin inspirera à Tarantino sur son post-modernisme Kill Bill, la très belle scène entre la Mariée et Nikki Green après le combat contre "Copperhead".
1er Visionnage : DVD Anglais.
The Prey (Kôji Wakamatsu - 1979)
Si Wakamatsu a tourné un des meilleurs biopics musicaux (Endless Waltz) ; LE film définitif sur la révolution japonaise (United Red Army), les pamphlets politiques les plus impressionnants (la plupart des ses films, L’Extase des Anges en tête) et produit ce qui est considéré comme le plus grand film porno de l’histoire (L’Empire des Sens), Wakamatsu n’aura jamais autant brillé que quand il signe son premier film pour la Toeï avec un Yuya Uchida, magnifique en rock-star revenu d’un long exil aux Etats-Unis pour essayer de promouvoir le reggae, musique de liberté et de contestation. Mais il se retrouve devant une société courant à sa perte. Des producteurs de musique produisant de la soupe (les pop-idols) et trafiquant de la drogue pour leurs investisseurs étrangers, une ancienne compagne devenue elle-même junkie. Il trouvera de l’espoir à travers la musique et surtout, l’amitié d’un jeune punk livreur de laits, un ancien combattant et sa petite-fille, une jolie étudiante. Wakamatsu a un amour sincère envers les marginaux, les exclus de la société et l’utilisation de la musique reggae (principalement le groupe anglais Matumbi) permet au cinéaste de dresser un portrait suffoquant, mais empreint d’humanisme, du Japon de l’avant-crise. Un film noir chaleureux qui réussit avec le reggae le même exploit que The Big Wednesday de John Milius avec le surf, sorti la même année ; nous passionner le temps d’un film à une mode qui n’intéresse qu’un certain nombre.
1er Visionnage : VHS Japonaise.
Typhoon Club (Shinji Somai - 1985)
1985, John Hugues lance un grand pavé dans la mare avec son chef d’œuvre Breakfast Club où l’on suit cinq étudiants d’horizons différentes en retenus un samedi, pour aboutir à une des plus grandes réflexions sur ce parcours du combattant qu’est l’adolescence. Au même moment, de l’autre côté du Pacifique, un jeune cinéaste de génie, Shinji Somai, tourne un des plus beaux films érotiques jamais réalisés. Mais il a déjà l’expérience de la jeunesse avec son premier film The Tonda Couple, émouvante comédie sentimentale sur les premiers amours, puis son plus culte Sailor Suit & Machine Gun, fausse comédie d’action, mais véritable charge virulente (au même titre que Les 400 Coups de Truffaut), mais également PP-Rider, transposition japonaise d’Attention, les Enfants regardent ! de Serge Leroy. Mais décide, pour son cinquième film, de reprendre le canevas du film de Hugues pour aboutir un film encore plus acerbe. Il remplace la journée de retenu par une nuit de typhon. Si le film américain donne un constat amer mais positif, le film nippon est plus pessimiste. Mais le message demeure tout aussi positif, mais profondément radical. Telle une pièce de théâtre respectant la règle des trois unités (Temps, Lieu et Action), Typhoon Club applique une violente montée en crescendo à mesure que la nuit dans cette salle de classe avance jusqu’au petit matin des plus tragiques. Un tour-de-force pas facile, mais exécuté d’une main-de-maître.
1er Visionnage : Maison de la Culture du Japon
Voila ! A bientôt pour de nouvelles découvertes...
Me revoila avec ma liste de mes films que je considère comme représentatifs de ma vision du cinéma Japonais. Voici la deuxième partie !
Bullet
Ballet (Shin'ya Tsukamoto - 1998)
Tsukamoto demeure le chantre du Cyberpunk à la
Japonaise (Tetsuo 1 & 2) et du Fantastique en général, mais quand il s’attaque au Polar avec cette plongée en eaux troubles de la maniaquerie des armes à
feu. A l’origine, Tsukamoto voulait simplement raconter (évoquer plutôt) la jeunesse violente où l’on n’hésite plus à s’attaquer à un petit vieux sans aucuns scrupules (voir la suffocante
première scène de Violent Cop et l’impressionnant Sun Scarred de Takashi Miike). Traumatisé par les livres de photos de Larry Clark (on oublie qu’avant d’être
cinéaste, il est un des meilleurs photographes) et par Taxi Driver du duo Scorsese/Schrader, Tsukamoto signe un état des lieux Kafkaïen où se mêlent un salary-man (joué par le
cinéaste lui-même) hanté par le suicide inexplicable de sa femme, un gang de jeunes nihilistes (plus ou moins l’héritage décadent des Zokus des 70’s/80’s) et un ancien combattant aigri. Un
véritable choc des générations orchestré d’une main de maître et de fer (connaissant le cinéma de Tsukamoto, c’est le cas de le dire).
1er Visionnage : Canal+.
Kamikaze Taxi (Masato
Harada - 1994)
Longtemps attendu par chez nous (comme Gonin,
Swallowtail Butterfly et bien d’autres), Kamikaze Taxi est un peu l’équivalent 90’s de The Man who stole the Sun. Fourre-tout cinématographique
au service d’un propos engagé et intelligent. Ou quand le Yakuza-Eïga façon Fakasaku rencontre le Road-Movie à la Wenders sur fond de musique andine. Kôji Yakusho, qui n’apparaît qu’assez
tardivement dans le film, est impressionnant de stoïcisme zen en taxi "pied-noir" japonais (Je m’explique : il est Japonais du Pérou comme il y a les Français d’Algérie). Kazuya Takahashi
est terrible en petite frappe sombrant dans la vengeance, la jolie Reiko Kataoka (décidément indispensable dans tout polar 90’s qui se respecte ; Onibi le Démon,
Deux Voyous, les deux Black Angel et Gonin 2), Mickey Curtis en tueur implacable, mais humain et aussi Taketoshi Naitô, grandiose en politicard
facho, misogyne, sadique et révisionniste (que des qualités). Des acteurs attachants, une réalisation sans failles, un parti-pris intelligent, non seulement Masato Harada signe son film le plus
abouti de sa carrière (qui n’avait que peu de ratés), mais réalise un des meilleurs poèmes noirs jamais signés. Pas pour rien si Michael Mann s’en est inspiré pour son magnifique
Collatéral.
1er Visionnage : Maison de la Culture du
Japon.
Revenge : A Visit from Fate/Revenge : The Scar that never Fades/Serpent’s Path/Eyes of the
Spider (Kiyoshi Kurosawa - 1996/1997/1998)
Les gens ignorent que Kiyoshi
Kurosawa a aussi œuvré dans le polar bien noir où il y explorera un des grands thèmes fondamentaux ; la vengeance. Tout commence avec sa comédie 893 Taxi où l’on suit un
gang prêté main-forte à la compagnie de taxi d’un ami d’enfance du chef. Puis vient la série des A Bout de Souffle, mais surtout les deux Revenge (A
Visit from Fate et The Scar that never Fades) que Kiyoshi K. se lâche dans un parti-pris plus noir, plus sombre, plus nihiliste. Le premier film est un hommage au cinéma
des 70’s avec pour références Taxi Driver, Dirty Harry, Death Wish et le premier Mad Max (pour la narration). Puis, justement,
il tourne dans la foulée le second Revenge où il réalise, comme Miller avec Mad Max 2, une suite faisant peau-neuve. De l’aveu de Kurosawa, Ce diptyque est la véritable œuvre de transition dans sa carrière. Le premier est une œuvre référentielle alors que le second s’affranchi de toutes
influences. Mais ce sera surtout avec Serpent’s Path qu’il accompli son chef d’œuvre. Mêlant séquestration, règlement de comptes entre mafieux, snuff-movie, pédophilie, Kiyoshi
K. signe un film de colère, un des meilleurs films noirs jamais réalisés. Puis il tourne une suite alternative avec Eyes of the Spider où Kiyoshi K. nous parle des conséquences
d’une vengeance accomplie sur un homme à la fois dur et faible (le film commence là où se termine en général un Vigilante-movie classique). Le film se rapproche du cinéma de Kitano pour en
extraire une beauté brutale. Cette grandiose tétralogie est surtout marquée par l’interprétation sans failles de Shô Aïkawa, tour-à-tour flic aussi obsessionnel que lâche (Revenge
1), tueur à gages nihilsite (Revenge 2), mystérieux prof de maths (Serpent) et père dépréssif (Spider). Il reprendra ce rôle
de vengeur dans le génialissime Sun Scarred de Takashi Miike.
1er Visionnage : Maison de la Culture du Japon.
Le Vagabond de Tokyo (Seïjun Suzuki - 1966)
Suzuki est le créateur du Pop-Art Noir. Cela commence avec des films comme La Jeunesse de la Bête, Les Fleurs et les Vagues (film scénarisé par
son propre directeur artistique), Les Vagabonds du Kantô, La Marque du Tueur et bien d’autres… Mais celui-ci demeure un très beau film sur le "Swinging Tokyo"
des 60's. Véritable scopitone ambulant, le film est à la fois cool et amer, à l’image du "Phénix". Les acteurs sont toujours aussi formidables ; Tetsuya Watari est toujours aussi génial en
tueur voulant tout plaquer, mais qui se retrouve confronter à la réalité du milieu (cela fait toujours bizarre de se dire que le Vagabond, cool et "honnête" et le nihiliste voyou du
Cimetière soit joué par le même acteur, mais cela montre qu’il EST un des plus grands), la douce et charmante Chieko Matsubara est fabuleuse en chanteuse délaissée… Suzuki est
définitivement un orfèvre concernant le cadre, la mise-en-scène, les situations, tout est parfait, même les défauts. Délire comic-book, tragédie cool, on a qu’une seule envie en voyant ce bijou
absolu ; chanter avec Tetsu, cette belle chanson « Ahah Toookyôôôô Nagaaaremonoooo !!! ».
1er Visionnage : VHS Française.
Les films les plus intéressants du genre sont ceux qui sortent de la norme. Deux réalisateurs sont considérés, aussi bien par la critique que par les amateurs, comme les meilleurs ; Tatsumi
Kumashiro et Toshiya Fujita (en plus de Noboru Tanaka, Masaru Konuma et bien évidemment, Koji Wakamatsu). Si on y retrouve toujours quelques
thématiques comme le viol, contrairement à un Hasebe, il n’y a aucune misogynie, ni complaisance dans le traitement. On peut rapprocher des films comme la trilogie de Fujita (La Lanterne
Rouge/La Sœur Cadette/Virgin Blues), A Play of White Fingers de Toru Murakawa et bien d’autres (je laisse ça à mes amis d’Eigagogo) qui se rapprochent plus de la littérature (Kerouac, Ellis, Selby) ou bien d’un certain cinéma américain (Monte Hellman entre autres). En gros, le
Roman-Porno est aussi une histoire de spleen, urbain de préférence…
Love Hôtel (Shinji Somai –
1985)
Muraki est un éditeur au bord de la faillite. Pour survivre, il s’endette auprès d’un yakuza usurier. Ne pouvant honorer ses créances, le gangster se venge en violant sa femme. Désespéré de la vie, Muraki décide de mettre fin à ses jours. Mais avant de passer à l’acte, il décide de s’offrir une nuit érotique torride en se payant une prostituée. Cette rencontre va bouleverser son existence.
Prenez Shinji Somai à la réalisation, Takashi Ishii au scénario, Kazuhiko Hasegawa à la prod’, Kiyoshi Kurosawa comme assistant-réalisateur et on a droit à un des plus beaux Pinku de l’histoire.
On y retrouve la marque de tous. Les plans-séquences de toute beauté, une ambiance mélancolique et noctambule, une dénonciation d’un certain milieu (l’héroïne est une aspirante actrice). Première
scène ; un homme, lunettes de soleil, attend dans un love Hotel pour passer une nuit avec une professionnelle. Il prend cette dernière de force et lui met un vibromasseur dans son intimité
(NDA : J’essaie de ne pas être vulgaire malgré le sujet). Ainsi, on a le droit à un hommage à Wakamatsu et à son classique Quand l’Embryon part braconner !,
mais la suite est dans un style très différent. Somai s’empare, à bras-le-corps, du genre pour raconter une belle histoire d’amour. La scène où Nami avoue son amour pour Muraki au téléphone est
plus qu’émouvante. La scène dure longtemps, mais beauté de la mise-en-scène et de l’actrice font qu’on y croit et qu’on est touché. La magnifique chanson de Momoe Yamaguchi "Yoru
he" retranscrit très bien le spleen ambiant. Un seul défaut (hormis les sacro-saintes floutages des parties), un épilogue
certes magnifique, mais de trop, surtout après la magnifique scène d’amour finale où les deux solitudes ne font plus qu’un ! et c’est là toute la beauté du cinéma rose.
La Femme aux Cheveux Rouges (Tatsumi Kumashiro –
1979)
Kozo et Takao, deux ouvriers, s'amusent à violer la fille de leur patron. Mais leur vie va se transformer au contact d'une "femme aux cheveux rouges", qu'ils recueillent au bord de la route un jour de pluie.
Kumashiro tourne son chef-d’œuvre dans le Pinku avec ce magnifique road-movie où l’on suit deux camionneurs (Renji Ishibashi et Kai Ato) qui prennent en auto-stop une mystérieuse rouquine (Junko
Miyashita) après avoir commis un viol au début du film. Le film est tiré d’un roman de Kenji Nakagami, auteur de The Youth Killer (adapté par Hasegawa, ancien assistant de
Kumashiro) et Le Plan de ses 19 Ans (adapté par Mitsuo Yanagimachi). Le film est une sorte de version dépressive de la série Truck Yaro avec Bunta Sugawara et
réalisée par Norifumi Suzuki où l’on suit les aventures truculentes d’un duo de camionneurs. Sauf que le côté truculent de la série produite par la Toeï est ici remplacé par l’aspect
quasi-nihiliste des Roman-Pornos de l’époque (nous sommes en pleine vague Violent Pink - les fameux films de viol). Mais
Kumashiro raconte surtout l’histoire d’un couple qui se forme dans la violence, s’aime dans la violence mais finira par aboutir à un cul-de-sac. La beauté de Junko Miyashita, le monolithisme de
Renji Ishibashi (qu’on a connu plus expansif dans d’autres films), le côté road-movie et bien d’autres choses en font l’un des meilleurs Pinku (en plus la critique n’en dit que du
bien).
Endless Waltz (Koji Wakamatsu – 1995)
L'Histoire d'amour tumultueuse entre le chantre du free-jazz Kaoru Abe et l'écrivain performeuse Izumi Suzuki jusqu'à leur mort
tragique...
Koji Wakamatsu s’attaque à deux figures de la culture underground japonaise des années 70. Le saxophoniste Kaoru Abe et l’écrivain Izumi Suzuki. Si on a beaucoup comparé ce couple à Sid Vicious
et Nancy Spungen pour le coté autodestructeur (Kaoru et Sid ont tous les deux succombé à l’héroïne alors que Izumi s’est suicidée et Nancy assassinée), Kaoru et Izumi tiendraient plus du couple
Stravinsky/Chanel. Deux artistes qui se sont rencontrés, aidés et aimés. Leur rencontre se fera sur un malentendu, la jeune femme appelle au téléphone ce qu’elle croit être sa meilleure amie
(elle s’est trompée sur un chiffre) et cela aboutira à une liaison passionnée (elle est volage, à la limite de la nymphomanie, de nature libérée et lui est introverti, épileptique et de nature
violente), puis un mariage et un enfant (une fille). D’ailleurs la première scène est frappante puisque le film commence sur le suicide d’Izumi sous les yeux de sa fille sur une très belle
version au saxo du traditionnel "Amazing Grace". Alternant scènes oniriques (le spectre de Kaoru scrutant les liaisons de sa femme) et scènes de concert (on est face à
un couple entièrement dédié à leur art), le film montre sur un couple dont on ne sait si il est fait l’un pour l’autre ou non, tant il est évident qu’ils sont fusionnels sur tous les points, mais
assez sauvages aussi. Une excellente scène est celle des retrouvailles du couple et Kaoru, revenant d’un concert, offrant à sa femme un poisson. Celle-ci l’accueille avec le sourire et finissent
tous les deux au lit. Wakamatsu, ami personnel du free-jazzman, lui avait donné un caméo dans le tragique Serial Rapist. Il décide, non seulement, de lui rendre un bel hommage,
mais signe surtout un de ses meilleurs films.
Kaoru Abe : 3 Mai 1949/9 Septembre 1978 - Izumi Suzuki : 10 Juillet 1949/ ?? Février 1986
Liens vers les autres volets de la série :
- #1 : Esclavagisme & Domination (Nihon-Eiga)
- #2 : Des Fleurs et des Peaux (Epikt)
- #3 : Cocktails Sulfureux (Wildgrounds)
- #4 : Ninjas Lesbiennes VS Monstres Visqueux (Epikt)
A venir, la seconde partie de mon Top 30 de mes films japonais préférés...
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