NB : Je tiens à préciser que l'article ci-dessous est incomplète car éxempte de captures d'écran, pourtant nécéssaire. Ce sera réglé
demain !
Merci de votre compréhension...
Le film de Yakuza obéit à des codes bien précis. L’univers urbain, le caractère crypto-gay de l’amitié virile, l’importance du tatouage, l’extrême charisme du protagoniste, l’histoire d’amour
impossible, un personnage féminin extérieur à ce monde de brutes, etc…
Pour son deuxième film noir après A History of Violence (d’après le roman graphique de John Wagner et Vince Locke), le cinéaste organique David Cronenberg reprend Viggo Mortensen
pour un polar sur la mafia russe à Londres.
On y suit la rencontre croisée entre une charmante sage-femme (Naomi Watts) et un mystérieux chauffeur (Viggo Mortensen) d’un propriétaire de restaurant russe (Armin Muller-Stahl) autour du journal intime d'une jeune russe morte en couches après la naissance de sa fille.
Tout d’abord, le premier point troublant est que le personnage Nikolai Luzhin (Viggo, brillant, qui avait affronté du yakuza dans... American Yakuza !) est proche des hommes de
main valeureux incarnés par Kôji Tsuruta chez Fukasaku (notamment dans Le Caïd de
Yokohama) et Teruo Ishii. La relation entre Luzhin et le fils Kirill est dans la lignée des rapports crypto-homo chers à Chang Cheh (on s’éloigne du cinéma jap, mais quand même) mais
aussi dans certains films noirs comme La Jeunesse de la Bête (Seïjun Suzuki,
1963), Le Jeu Cérémonial (Kosaku Yamashita, 1967) et bien d’autres encore. Vincent Cassel, profondément impressionnant dans son anglais avec l’accent russe/1, en fils aussi
fidèle qu’indigne. On peut aussi citer la douce Naomi Watts qu’on peut comparer aux jeunes filles romantiques comme Chieko Komatsubara (Le Vagabond de Tokyo), Ruriko Asaoka
(Le Mouchoir Rouge), Junko Fuji (les ninkyo de Makino), qui ne
pourront éviter à l’élu de leur cœur d’aller vers leur destin. Et puis, que dire d’Armin Muller-Stahl est aussi mielleux que machiavélique en Oyabun slave que Nobuo Kaneko dans Combat sans Code
d’Honneur.
Puis, le cinéaste de la Nouvelle Chair, fasciné par les rapports en matières organiques (la peau, la chair, les mutations, les mécaniques de l’esprit), ne pouvait qu’aborder le tatouage/2, élément cher au yakuza. À travers le sujet, au combien passionnant, des Vor v’Zakone ("voleurs par la loi" en russe), ces bandits russes sur-tatoués et extrêmement dangereux. Ce vieil adage disant que "tout tatouage à son histoire" est purement vrai et n’est pas que l’apanage des bandits nippons, ni russes (les gangs de L.A., les maori, etc…), mais il est étonnant de voir un Viggo Mortensen aussi herculéen que Bunta Sugawara dans Combat sans Code d’Honneur.
Un autre détail passionnant est l’absence, pour un polar anglais, d’armes à feu. Tout se fait à l’arme blanche (comme dans toute culture asiatique ; les triades, les yakuza). On a ainsi le meurtre d’Ekrem, le neveu du barbier, mais surtout LE morceau de bravoure avec l’affrontement dans le hammam. Une scène hallucinante par sa violence et sa sécheresse. Une pure scène de Ninkyo !
Attention, il est préférable d’avoir déjà vu le film de Cronenberg avant de lire ce paragraphe !
Une fois le twist final éventé, on découvre que le film est, au final, un semi-remake d’un des meilleurs polars du cinéaste-mangaka Takashi Ishii ; Seule dans la Nuit (rien à voir avec le giallo hollywoodien éponyme de Terence Young avec Audrey Hepburn dans son meilleur rôle) !
Viggo Mortensen et Jinpachi Nezu sont deux flics infiltrés dans la mafia qui atteignent le point de non-retour, l’un en devenant, à la fin du film, le parrain et l’autre en buttant, dés le début, ses propres collègues également infiltrés. Mais ils trouveront un semblant de rédemption sous la forme d’une jeune femme extérieure à cette enfer (Naomi Watts dans le Cronenberg et Yui Natsukawa dans le Ishii).
Un film qui a déconcerté les spectateurs, notamment par son ellipse final qui les prive d’un climax tant attendu. Mais ce parti-pris, qui fait la grande force de No Country for Old Men, vient en fait du film d’Eiichi Kudo, Ultime Combat sans Code d’Honneur où la fin était éludée par un simple carton (alors qu’on a aucune explication dans Les Promesses).
Fin du Spoiler !
Finalement, à mesure des revisionnages en DVD, on y trouve une grande richesse dans ce pur film noir qui doit autant au ninkyo-eïga, ces films de bandits valeureux, à Fukasaku qu’à Jules Dassin dans sa vision mortifère de Londres avec ses Forbans de la Nuit. Un chef d’œuvre qui n’a rien à envier à des classiques comme Vidéodrome, La Mouche, Faux Semblants, Le Festin Nu et Crash.
A mon ami Stéphane du Mesnildot, qui m’a soufflé l’idée.
1 : Vincent Cassel avait déjà joué ce genre de rôle dans le magnifiquement cynique Birthday Girl avec son
ancien pote Mathieu Kassovitz et Nicole Kidman dans le rôle-titre.
2 : A l'époque de Spider, Cronenberg avait le projet d'un thriller sur le Body Art (les performances sur le corps humain, popularisé par Olran et Genesis P-Orridge) ;
Painkillers.
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