Mercredi 3 septembre 2008
Me revoila avec ma liste de mes films que je considère comme représentatifs de ma vision du cinéma Japonais. Voici la deuxième partie !
Bullet
Ballet (Shin'ya Tsukamoto - 1998)
Tsukamoto demeure le chantre du Cyberpunk à la
Japonaise (Tetsuo 1 & 2) et du Fantastique en général, mais quand il s’attaque au Polar avec cette plongée en eaux troubles de la maniaquerie des armes à
feu. A l’origine, Tsukamoto voulait simplement raconter (évoquer plutôt) la jeunesse violente où l’on n’hésite plus à s’attaquer à un petit vieux sans aucuns scrupules (voir la suffocante
première scène de Violent Cop et l’impressionnant Sun Scarred de Takashi Miike). Traumatisé par les livres de photos de Larry Clark (on oublie qu’avant d’être
cinéaste, il est un des meilleurs photographes) et par Taxi Driver du duo Scorsese/Schrader, Tsukamoto signe un état des lieux Kafkaïen où se mêlent un salary-man (joué par le
cinéaste lui-même) hanté par le suicide inexplicable de sa femme, un gang de jeunes nihilistes (plus ou moins l’héritage décadent des Zokus des 70’s/80’s) et un ancien combattant aigri. Un
véritable choc des générations orchestré d’une main de maître et de fer (connaissant le cinéma de Tsukamoto, c’est le cas de le dire).
1er Visionnage : Canal+.
Kamikaze Taxi (Masato
Harada - 1994)
Longtemps attendu par chez nous (comme Gonin,
Swallowtail Butterfly et bien d’autres), Kamikaze Taxi est un peu l’équivalent 90’s de The Man who stole the Sun. Fourre-tout cinématographique
au service d’un propos engagé et intelligent. Ou quand le Yakuza-Eïga façon Fakasaku rencontre le Road-Movie à la Wenders sur fond de musique andine. Kôji Yakusho, qui n’apparaît qu’assez
tardivement dans le film, est impressionnant de stoïcisme zen en taxi "pied-noir" japonais (Je m’explique : il est Japonais du Pérou comme il y a les Français d’Algérie). Kazuya Takahashi
est terrible en petite frappe sombrant dans la vengeance, la jolie Reiko Kataoka (décidément indispensable dans tout polar 90’s qui se respecte ; Onibi le Démon,
Deux Voyous, les deux Black Angel et Gonin 2), Mickey Curtis en tueur implacable, mais humain et aussi Taketoshi Naitô, grandiose en politicard
facho, misogyne, sadique et révisionniste (que des qualités). Des acteurs attachants, une réalisation sans failles, un parti-pris intelligent, non seulement Masato Harada signe son film le plus
abouti de sa carrière (qui n’avait que peu de ratés), mais réalise un des meilleurs poèmes noirs jamais signés. Pas pour rien si Michael Mann s’en est inspiré pour son magnifique
Collatéral.
1er Visionnage : Maison de la Culture du
Japon.
Revenge : A Visit from Fate/Revenge : The Scar that never Fades/Serpent’s Path/Eyes of the
Spider (Kiyoshi Kurosawa - 1996/1997/1998)
Les gens ignorent que Kiyoshi
Kurosawa a aussi œuvré dans le polar bien noir où il y explorera un des grands thèmes fondamentaux ; la vengeance. Tout commence avec sa comédie 893 Taxi où l’on suit un
gang prêté main-forte à la compagnie de taxi d’un ami d’enfance du chef. Puis vient la série des A Bout de Souffle, mais surtout les deux Revenge (A
Visit from Fate et The Scar that never Fades) que Kiyoshi K. se lâche dans un parti-pris plus noir, plus sombre, plus nihiliste. Le premier film est un hommage au cinéma
des 70’s avec pour références Taxi Driver, Dirty Harry, Death Wish et le premier Mad Max (pour la narration). Puis, justement,
il tourne dans la foulée le second Revenge où il réalise, comme Miller avec Mad Max 2, une suite faisant peau-neuve. De l’aveu de Kurosawa, Ce diptyque est la véritable œuvre de transition dans sa carrière. Le premier est une œuvre référentielle alors que le second s’affranchi de toutes
influences. Mais ce sera surtout avec Serpent’s Path qu’il accompli son chef d’œuvre. Mêlant séquestration, règlement de comptes entre mafieux, snuff-movie, pédophilie, Kiyoshi
K. signe un film de colère, un des meilleurs films noirs jamais réalisés. Puis il tourne une suite alternative avec Eyes of the Spider où Kiyoshi K. nous parle des conséquences
d’une vengeance accomplie sur un homme à la fois dur et faible (le film commence là où se termine en général un Vigilante-movie classique). Le film se rapproche du cinéma de Kitano pour en
extraire une beauté brutale. Cette grandiose tétralogie est surtout marquée par l’interprétation sans failles de Shô Aïkawa, tour-à-tour flic aussi obsessionnel que lâche (Revenge
1), tueur à gages nihilsite (Revenge 2), mystérieux prof de maths (Serpent) et père dépréssif (Spider). Il reprendra ce rôle
de vengeur dans le génialissime Sun Scarred de Takashi Miike.
1er Visionnage : Maison de la Culture du Japon.
Le Vagabond de Tokyo (Seïjun Suzuki - 1966)
Suzuki est le créateur du Pop-Art Noir. Cela commence avec des films comme La Jeunesse de la Bête, Les Fleurs et les Vagues (film scénarisé par
son propre directeur artistique), Les Vagabonds du Kantô, La Marque du Tueur et bien d’autres… Mais celui-ci demeure un très beau film sur le "Swinging Tokyo"
des 60's. Véritable scopitone ambulant, le film est à la fois cool et amer, à l’image du "Phénix". Les acteurs sont toujours aussi formidables ; Tetsuya Watari est toujours aussi génial en
tueur voulant tout plaquer, mais qui se retrouve confronter à la réalité du milieu (cela fait toujours bizarre de se dire que le Vagabond, cool et "honnête" et le nihiliste voyou du
Cimetière soit joué par le même acteur, mais cela montre qu’il EST un des plus grands), la douce et charmante Chieko Matsubara est fabuleuse en chanteuse délaissée… Suzuki est
définitivement un orfèvre concernant le cadre, la mise-en-scène, les situations, tout est parfait, même les défauts. Délire comic-book, tragédie cool, on a qu’une seule envie en voyant ce bijou
absolu ; chanter avec Tetsu, cette belle chanson « Ahah Toookyôôôô Nagaaaremonoooo !!! ».
1er Visionnage : VHS Française.