Les films les plus intéressants du genre sont ceux qui sortent de la norme. Deux réalisateurs sont considérés, aussi bien par la critique que par les amateurs, comme les meilleurs ; Tatsumi
Kumashiro et Toshiya Fujita (en plus de Noboru Tanaka, Masaru Konuma et bien évidemment, Koji Wakamatsu). Si on y retrouve toujours quelques
thématiques comme le viol, contrairement à un Hasebe, il n’y a aucune misogynie, ni complaisance dans le traitement. On peut rapprocher des films comme la trilogie de Fujita (La Lanterne
Rouge/La Sœur Cadette/Virgin Blues), A Play of White Fingers de Toru Murakawa et bien d’autres (je laisse ça à mes amis d’Eigagogo) qui se rapprochent plus de la littérature (Kerouac, Ellis, Selby) ou bien d’un certain cinéma américain (Monte Hellman entre autres). En gros, le
Roman-Porno est aussi une histoire de spleen, urbain de préférence…
Love Hôtel (Shinji Somai –
1985)
Muraki est un éditeur au bord de la faillite. Pour survivre, il s’endette auprès d’un yakuza usurier. Ne pouvant honorer ses créances, le gangster se venge en violant sa femme. Désespéré de la vie, Muraki décide de mettre fin à ses jours. Mais avant de passer à l’acte, il décide de s’offrir une nuit érotique torride en se payant une prostituée. Cette rencontre va bouleverser son existence.
Prenez Shinji Somai à la réalisation, Takashi Ishii au scénario, Kazuhiko Hasegawa à la prod’, Kiyoshi Kurosawa comme assistant-réalisateur et on a droit à un des plus beaux Pinku de l’histoire.
On y retrouve la marque de tous. Les plans-séquences de toute beauté, une ambiance mélancolique et noctambule, une dénonciation d’un certain milieu (l’héroïne est une aspirante actrice). Première
scène ; un homme, lunettes de soleil, attend dans un love Hotel pour passer une nuit avec une professionnelle. Il prend cette dernière de force et lui met un vibromasseur dans son intimité
(NDA : J’essaie de ne pas être vulgaire malgré le sujet). Ainsi, on a le droit à un hommage à Wakamatsu et à son classique Quand l’Embryon part braconner !,
mais la suite est dans un style très différent. Somai s’empare, à bras-le-corps, du genre pour raconter une belle histoire d’amour. La scène où Nami avoue son amour pour Muraki au téléphone est
plus qu’émouvante. La scène dure longtemps, mais beauté de la mise-en-scène et de l’actrice font qu’on y croit et qu’on est touché. La magnifique chanson de Momoe Yamaguchi "Yoru
he" retranscrit très bien le spleen ambiant. Un seul défaut (hormis les sacro-saintes floutages des parties), un épilogue
certes magnifique, mais de trop, surtout après la magnifique scène d’amour finale où les deux solitudes ne font plus qu’un ! et c’est là toute la beauté du cinéma rose.
La Femme aux Cheveux Rouges (Tatsumi Kumashiro –
1979)
Kozo et Takao, deux ouvriers, s'amusent à violer la fille de leur patron. Mais leur vie va se transformer au contact d'une "femme aux cheveux rouges", qu'ils recueillent au bord de la route un jour de pluie.
Kumashiro tourne son chef-d’œuvre dans le Pinku avec ce magnifique road-movie où l’on suit deux camionneurs (Renji Ishibashi et Kai Ato) qui prennent en auto-stop une mystérieuse rouquine (Junko
Miyashita) après avoir commis un viol au début du film. Le film est tiré d’un roman de Kenji Nakagami, auteur de The Youth Killer (adapté par Hasegawa, ancien assistant de
Kumashiro) et Le Plan de ses 19 Ans (adapté par Mitsuo Yanagimachi). Le film est une sorte de version dépressive de la série Truck Yaro avec Bunta Sugawara et
réalisée par Norifumi Suzuki où l’on suit les aventures truculentes d’un duo de camionneurs. Sauf que le côté truculent de la série produite par la Toeï est ici remplacé par l’aspect
quasi-nihiliste des Roman-Pornos de l’époque (nous sommes en pleine vague Violent Pink - les fameux films de viol). Mais
Kumashiro raconte surtout l’histoire d’un couple qui se forme dans la violence, s’aime dans la violence mais finira par aboutir à un cul-de-sac. La beauté de Junko Miyashita, le monolithisme de
Renji Ishibashi (qu’on a connu plus expansif dans d’autres films), le côté road-movie et bien d’autres choses en font l’un des meilleurs Pinku (en plus la critique n’en dit que du
bien).
Endless Waltz (Koji Wakamatsu – 1995)
L'Histoire d'amour tumultueuse entre le chantre du free-jazz Kaoru Abe et l'écrivain performeuse Izumi Suzuki jusqu'à leur mort
tragique...
Koji Wakamatsu s’attaque à deux figures de la culture underground japonaise des années 70. Le saxophoniste Kaoru Abe et l’écrivain Izumi Suzuki. Si on a beaucoup comparé ce couple à Sid Vicious
et Nancy Spungen pour le coté autodestructeur (Kaoru et Sid ont tous les deux succombé à l’héroïne alors que Izumi s’est suicidée et Nancy assassinée), Kaoru et Izumi tiendraient plus du couple
Stravinsky/Chanel. Deux artistes qui se sont rencontrés, aidés et aimés. Leur rencontre se fera sur un malentendu, la jeune femme appelle au téléphone ce qu’elle croit être sa meilleure amie
(elle s’est trompée sur un chiffre) et cela aboutira à une liaison passionnée (elle est volage, à la limite de la nymphomanie, de nature libérée et lui est introverti, épileptique et de nature
violente), puis un mariage et un enfant (une fille). D’ailleurs la première scène est frappante puisque le film commence sur le suicide d’Izumi sous les yeux de sa fille sur une très belle
version au saxo du traditionnel "Amazing Grace". Alternant scènes oniriques (le spectre de Kaoru scrutant les liaisons de sa femme) et scènes de concert (on est face à
un couple entièrement dédié à leur art), le film montre sur un couple dont on ne sait si il est fait l’un pour l’autre ou non, tant il est évident qu’ils sont fusionnels sur tous les points, mais
assez sauvages aussi. Une excellente scène est celle des retrouvailles du couple et Kaoru, revenant d’un concert, offrant à sa femme un poisson. Celle-ci l’accueille avec le sourire et finissent
tous les deux au lit. Wakamatsu, ami personnel du free-jazzman, lui avait donné un caméo dans le tragique Serial Rapist. Il décide, non seulement, de lui rendre un bel hommage,
mais signe surtout un de ses meilleurs films.
Kaoru Abe : 3 Mai 1949/9 Septembre 1978 - Izumi Suzuki : 10 Juillet 1949/ ?? Février 1986
Liens vers les autres volets de la série :
- #1 : Esclavagisme & Domination (Nihon-Eiga)
- #2 : Des Fleurs et des Peaux (Epikt)
- #3 : Cocktails Sulfureux (Wildgrounds)
- #4 : Ninjas Lesbiennes VS Monstres Visqueux (Epikt)
A venir, la seconde partie de mon Top 30 de mes films japonais préférés...
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